Le coup d’envoi de la première édition du Fusion Show Ayta D’Bladi a été donné, jeudi soir, au Complexe Mohammed V de Casablanca, dans une atmosphère festive et chaleureuse qui a réuni un public nombreux venu découvrir cette rencontre inédite entre Aïta traditionnelle et sons contemporains.
Dès les premières notes, l’ambiance s’est installée dans une énergie collective, avec un public réactif, reprenant les refrains connus de l’Aïta et applaudissant chaque transition musicale. Les gradins, vivement animés, ont vibré au rythme des percussions, des mélodies revisitées et des voix des artistes, créant une scène où l’émotion, la nostalgie et la modernité se sont côtoyées.
La soirée d’ouverture a réuni deux duos inédits. Khadija Merghoum et Ihab Amir ont interprété Ayta L’Ghzal, mêlant la voix maîtrisée de la cheikha aux accents modernes du jeune artiste. Le public, largement composé de jeunes, a salué cette fusion audacieuse qui a permis de redécouvrir un classique du répertoire.
Le second duo, formé par Hajib et Douzi, a revisité Ayta L’Aamala dans une version rythmée et puissante, déclenchant de longues ovations. Les spectateurs se sont levés à plusieurs reprises, chantant et dansant au rythme de cette réinterprétation qui a su préserver l’âme du chant tout en l’enrichissant d’une dimension contemporaine.
Après les performances en duo, chaque artiste s’est produit en solo. Ihab Amir a ouvert le bal avec un mélange de chansons de son répertoire et de titres chaâbi, suscitant l’enthousiasme des spectateurs qui ont repris en chœur plusieurs refrains. Khadija Merghoum, fidèle à son registre, a transporté l’audience grâce à son interprétation authentique de l’Aïta, déclenchant une série de youyous et de chants spontanés dans les gradins.
L’arrivée de Douzi a marqué l’un des temps forts de la soirée. L’artiste a interprété ses grands succès, notamment Ana Maghrabi, Lalla Meryama et Laayoune Aniya, transformant l’événement en une véritable scène de fête où le public, debout, a dansé jusqu’aux derniers accords. La soirée s’est clôturée avec une prestation vibrante de Hajib, qui a revisité plusieurs morceaux emblématiques du patrimoine marocain, dans une ambiance conviviale et captivante.
Dans une déclaration à la MAP, Ihab Amir a indiqué que cette expérience lui a permis de s’initier au répertoire de l’Aïta aux côtés d’une artiste confirmée, soulignant que ce style, profondément ancré dans sa ville natale de Safi, requiert une maîtrise particulière des structures vocales propres. Il a exprimé son souhait de présenter au public une interprétation fidèle à l’esprit de ce patrimoine.
De son côté, Khadija Merghoum a affirmé que l’Aïta constitue « un art raffiné et précieux », se réjouissant de l’intérêt croissant que lui portent les jeunes artistes. Elle a, par ailleurs, mis en avant la nécessité de préserver ce patrimoine et de continuer à transmettre ses formes authentiques aux nouvelles générations.
Pour sa part, Douzi a rappelé que ce projet représentait pour lui un véritable défi artistique, étant donné qu’il s’initiait pour la première fois à l’univers de l’Aïta. Il a salué l’accompagnement de Hajib et la qualité du travail collectif, estimant que cette fusion constitue une démarche positive pour redonner de la visibilité à ce patrimoine musical et le rapprocher du jeune public.
Par ailleurs, Hajib a souligné la profondeur historique et sociale de l’Aïta, rappelant que ses mélodies et ses chants sont porteurs d’une mémoire populaire vivante. Il a mis en avant la valeur de cette expérience artistique collaborative, estimant que Douzi a relevé avec succès le défi d’interpréter un répertoire exigeant, issu des tribus d’Abda.
Le Fusion Show Ayta D’Bladi se poursuivra jusqu’au 15 novembre, avec une programmation réunissant Abdelaziz Stati, Ibtissam Tiskat, Daoudi, Manal Benchlikha, Hamid Kasri, Zina Daoudia, Abidine et Rajaa Belmir, offrant de nouvelles fusions mêlant Aïta, pop, gnawa et chaâbi.
En parallèle, une exposition muséale installée au Complexe Mohammed V propose aux visiteurs une immersion dans l’histoire, les grandes figures et les écoles régionales de l’Aïta, permettant aux amateurs et curieux d’explorer la richesse de ce patrimoine immatériel marocain.
Organisée par Public Events, cette première édition du Fusion Show Ayta D’Bladi s’annonce ainsi comme une célébration de la diversité musicale du Royaume et une invitation à redécouvrir un héritage vivant, transmis de génération en génération.
