La Coupe d’Afrique des Nations bien connu pour exacerber les passions, mettre à jour les exploits offensifs, livrer des buts décisifs et des scénarios renversants aux supporters, nous a livrer pour cette édition marocaine une vérité plus discrète mais tout aussi puissante : bonheur ne rime pas nécessairement avec victoire.
Parfois, un simple match nul suffit à faire chavirer un pays entier. Parfois, ne pas perdre devient un acte fondateur.
La sélection malienne en offre l’illustration la plus éloquente : quatre rencontres disputées, autant de matchs nuls concédés, et pourtant, les Aigles sont parvenu à se hisser en quarts de finale. Les coéquipiers de Lassine Sinayoko ont entamé la compétition par un nul inattendu (1-1) face à la Zambie, avant d’enchaîner avec un autre score de parité contre le Maroc (1-1). Ils ont ensuite conclu la phase de groupes par un match nul et vierge face aux Comores, résultat synonyme de qualification pour le deuxième tour.
Lors de la phase à élimination directe, les Aigles maliens ont arraché un nouveau nul (1-1) dans le temps additionnel face à la Tunisie, avant de s’imposer lors de la séance des tirs au but (3-2).
Sur le papier, le parcours peut surprendre, voire dérouter. Sur le terrain, il raconte autre chose : une équipe compacte, disciplinée, solidaire, fidèle à un plan de jeu précis et capable de résister à toutes les tempêtes.
Les Aigles n’ont pas brillé par leur flamboyance offensive, mais ils ont imposé leur solidité mentale se battant pour chaque balle jusqu’au coup de sifflet final.
Chaque nul a été arraché, défendu, protégé comme un trésor. À Bamako, ces résultats ont été vécus comme des victoires symboliques, la preuve qu’une sélection peut avancer sans renoncer à son identité.
À l’est du continent, la Tanzanie, éliminée par le Maroc en huitième de finale, a écrit sa propre histoire. Peu citée parmi les prétendants, rarement mise en avant dans les analyses d’avant-tournoi, elle a pourtant trouvé la clé de son bonheur.
Deux matchs nuls lors de la phase de poule, deux résultats suffisants pour se qualifier pour les huitièmes de finale devenant la première sélection de l’histoire de la CAN à accèder aux huitièmes, en ayant cumulé seulement deux points.
Là encore, le score brut ne dit pas tout. Il y a derrière ces nuls une organisation rigoureuse, une solidarité de chaque instant et une capacité à jouer avec ses forces plutôt qu’à subir ses limites.
Les parcours de ces deux sélections ne sont pas des accidents. Ils traduisent une évolution profonde du football africain. Les écarts se resserrent, les lectures tactiques s’affinent et les équipes dites « modestes » abordent désormais la compétition avec une conscience claire de leurs objectifs. Un point peut suffire à changer un destin. Un match nul peut ouvrir des portes autrefois réservées aux seuls favoris.
