marche verte 2025

L’enquête de Complément d’Enquête, diffusée sur France.tv, ne révèle pas un simple scandale médiatique. Elle met à nu un mode de gouvernance : un pouvoir fondé sur l’appareil sécuritaire plutôt que sur la politique, sur le chantage plutôt que sur le droit, et sur la peur plutôt que sur la légitimité.

Les éléments présentés — témoignages, documents et enregistrements — décrivent une répression transnationale exercée par des structures liées à l’État algérien contre des citoyens algériens à l’étranger, notamment en France : surveillance, pressions, menaces et tentatives de recrutement forcé.

Selon l’enquête, des membres de la diaspora auraient été contraints de coopérer sous la menace directe visant leurs familles restées en Algérie, ou par le retrait arbitraire de documents officiels.
Il ne s’agit pas de méthodes relevant d’un État de droit, mais de mécanismes de domination, où la famille devient un levier de coercition et l’identité un instrument de contrôle.

Lorsqu’un pouvoir fonde sa relation aux citoyens sur la peur, il ne s’agit plus de souveraineté, mais de mainmise sécuritaire.

Les Kabyles sous pression

L’enquête met également en lumière un traitement différencié visant des citoyens kabyles, soumis à des pressions accrues pour surveiller ou dénoncer des militants de leur propre région.
Ce type de pratique ne relève pas de la protection de l’unité nationale, mais d’une peur du pluralisme, et d’une punition de l’identité lorsqu’elle devient autonome et revendicative.

Un État qui assimile la diversité à une menace produit l’autoritarisme, non la stabilité.

La diplomatie comme façade sécuritaire

La mise en cause d’un vice-consul algérien dans des activités d’espionnage sur le sol français dépasse le cadre d’un incident isolé. Elle révèle une instrumentalisation des représentations diplomatiques à des fins sécuritaires, en contradiction flagrante avec les normes internationales.

La question n’est alors plus bilatérale, mais internationale : celle de la responsabilité et de la reddition de comptes.

Le mythe de la “souveraineté”

La réaction prévisible consistera à invoquer la “campagne hostile” ou la “manipulation médiatique”. Pourtant, les faits pointent vers une réalité plus simple :
le problème n’est pas l’image de l’Algérie, mais la nature de son système de pouvoir.

La souveraineté ne se protège pas en pourchassant les opposants en exil.
La légitimité ne se fabrique pas par les services de renseignement.
Et l’État cesse d’exister politiquement lorsque le citoyen devient un suspect permanent.

L’enquête de France.tv ne porte pas atteinte à l’Algérie. Elle met en lumière un pouvoir qui a confisqué l’État, transformé la citoyenneté en risque sécuritaire et le loyalisme en produit de la contrainte.

Elle ouvre surtout un débat qui dépasse le cadre algéro-français :
jusqu’où un régime peut-il exercer la répression au-delà de ses frontières sans être tenu responsable ?
Et quel est le coût du silence lorsque la peur devient une politique publique ?

Par-le12