marche verte 2025

Le football peut, en apparence, se réduire à un résultat tranché en quatre-vingt-dix minutes ou à un but qui fait basculer une finale. Pourtant, l’histoire ne s’écrit pas toujours dans le langage des scores et des trophées. La Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée par le Maroc, a démontré avec force que la victoire véritable peut être plus profonde qu’un podium et plus durable qu’une médaille d’or. Malgré la défaite de la sélection marocaine en finale face au Sénégal, le Royaume est sorti de cette édition vainqueur dans un sens plus large et plus structurant : victoire de l’État, victoire d’un modèle, victoire d’une image.

Du passage de cette victoire symbolique à sa traduction concrète, il est apparu dès les premiers instants de la compétition que le Maroc ne se contentait pas d’organiser un tournoi continental ordinaire. Il proposait une démonstration cohérente d’un projet d’État, guidé par des considérations stratégiques précises. Chaque détail — des stades aux systèmes de transport, de la gestion des foules à la qualité des services — reflétait un niveau d’organisation comparable et plus aux plus grandes manifestations internationales. À cet égard, il ne s’agissait pas d’un succès circonstanciel, mais de l’expression opérationnelle d’une vision souveraine de long terme, qui fait du sport un instrument de souveraineté douce, un vecteur de performance, de discipline institutionnelle et de conformité durable aux standards internationaux les plus exigeants.

Les infrastructures ont, pour leur part, dépassé leur seule vocation technique pour s’imposer comme un véritable langage politico-stratégique de soft power. Stades de dernière génération, réseaux routiers et ferroviaires performants, aéroports et infrastructures hôtelières conformes aux standards internationaux les plus avancés ont formé un ensemble cohérent, révélant un pays engagé dans une trajectoire de planification structurée et d’investissement durable, inscrite dans le temps long. Dans la réalité, le monde, à travers ses écrans, n’assistait pas seulement à des matchs de football ; il observait un modèle africain avant-gardiste de développement confiant, démontrant que le continent est capable de produire l’excellence et de fixer des standards, plutôt que de se limiter à une gestion minimaliste du possible.

En outre, au cœur de ce modèle organisationnel intégré, la dimension sécuritaire s’est imposée comme l’un de ses piliers structurels, non seulement par ses résultats sur le terrain, mais aussi par la reconnaissance internationale implicite de la qualité de l’expérience marocaine. La compétition s’est déroulée dans un climat de stabilité totale, sans incidents notables, grâce à un dispositif sécuritaire intelligent, discret et hautement efficace, conciliant protection rigoureuse et respect du caractère festif et humain de l’événement.

Ce succès sécuritaire n’a pas relevé d’un effort strictement interne. Il a été attesté par la présence et l’accompagnement de délégations sécuritaires internationales de haut niveau, parmi lesquelles une délégation du Federal Bureau of Investigation (FBI), notamment de ses unités spécialisées dans la gestion des risques liés aux grands événements sportifs, aux côtés de représentants de plusieurs pays occidentaux considérés comme des références en matière de sécurité sportive et de gestion des foules. Cette présence a constitué une reconnaissance concrète du Maroc comme espace fiable de coopération, d’échange d’expertise et de laboratoire opérationnel pour des modèles avancés de sécurisation des grands événements.

Ce niveau d’ouverture et de coordination témoigne d’un degré élevé de maturité institutionnelle dans la gestion marocaine des manifestations sportives internationales. Il illustre la capacité à articuler souveraineté sécuritaire et coopération internationale, rigueur professionnelle et adaptabilité opérationnelle. À travers cette réussite, le Maroc a proposé un modèle de gouvernance sécuritaire fondé sur l’anticipation, l’accumulation d’expérience institutionnelle et la prise de décision souveraine maîtrisée, adressant aux capitales influentes un message clair : la sécurité des grands événements ne se construit ni dans l’improvisation ni dans la démonstration de force, mais par une ingénierie rationnelle faisant de la stabilité une condition structurelle de la réussite et de la durabilité.

Dans ce paysage, le peuple marocain a joué son rôle naturel en tant que principal capital immatériel du pays. Dans les stades, dans les rues et dans les gestes du quotidien, s’est imposée l’image d’un Maroc ouvert, hospitalier et sûr de lui, accueillant l’autre sans complexes et avec une spontanéité sincère. Cette image n’a pas été fabriquée par les caméras ni dictée par des discours officiels ; elle est née d’un comportement social naturel, révélateur d’une stabilité profonde et d’une symbiose entre l’État et la société.

À un niveau de lecture plus profond, le Maroc ne s’est pas seulement affirmé comme un État-nation solidement établi, mais comme un État-civilisation, où l’organisation, la sécurité et le vivre-ensemble relèvent d’une culture politique et sociale enracinée. Les valeurs collectives, l’histoire accumulée et la conscience civique y deviennent des cadres structurants du comportement public et une source de soft power dépassant largement le contexte sportif pour refléter une maturité civilisationnelle marocaine assumée.

À cet égard, ce succès, dans toutes ses dimensions organisationnelles et symboliques, n’a donc pas constitué un simple moment sportif. Il a mis au jour une réalité géopolitique moins confortable pour certains acteurs en Afrique et dans une partie du monde arabe. De ce fait, le Maroc n’a pas suscité l’attention ni certaines réserves parce qu’il a atteint la finale ou livré une performance sportive remarquable, mais parce que, à travers la Coupe d’Afrique des Nations 2025, il n’a pas seulement assuré l’organisation d’un grand événement sportif : il a donné à voir, à l’échelle mondiale, un modèle crédible de développement, de progrès et de stabilité. En projetant sur les écrans internationaux une capacité d’exécution élevée, une cohérence institutionnelle assumée et une maîtrise durable des grands rendez-vous, le Royaume a incarné une alternative opérationnelle aux approches marquées par l’insuffisance de la mise en œuvre, la rationalisation de l’échec et le report récurrent des transformations structurelles. Cette démonstration, fondée sur les faits et non sur le discours, a positionné le Maroc comme un acteur de référence, capable de transformer l’organisation d’un événement continental en vitrine stratégique de sa trajectoire de modernisation. En sortant de cette règle tacite, le Royaume a reposé une question centrale : celle du lien direct entre choix politiques, capacités institutionnelles et résultats concrets, rappelant que l’échec n’est ni une fatalité structurelle ni une conséquence inévitable de facteurs externes, mais souvent le produit de décisions révisables.

Ainsi, le Maroc a déstabilisé ce raisonnement dominant en apportant, à travers l’organisation de la CAN 2025, une démonstration tangible que l’écart entre le discours et l’action ne relève pas d’une contrainte géographique, mais de choix politiques et institutionnels assumés. À un moment où le continent demeure marqué par l’inflation rhétorique et la faiblesse des capacités d’exécution, le modèle marocain a redéfini l’équation : un État qui planifie à moyen et long terme, investit de manière cohérente dans les infrastructures et capitalise sur l’expérience institutionnelle peut s’imposer comme acteur de référence, plutôt que comme simple produit de son environnement.

Dans ce contexte, les tentatives de focalisation sur des controverses arbitrales relèvent moins d’une analyse sportive rigoureuse que d’un mécanisme de réorientation de l’attention, visant à atténuer l’impact de l’image structurante projetée par le Maroc. Elles traduisent une difficulté à appréhender la réalité d’un pays engagé dans une dynamique de développement tous azimuts, dont la visibilité croissante, sur les écrans du monde, met en lumière les écarts de trajectoires et les limites de certains modèles concurrents

In fine, l’irritation que ce modèle marocain a pu susciter ne provient donc pas d’une supériorité sportive, mais d’une supériorité structurelle. Il démontre que sortir du sous-développement ne nécessite ni ruptures spectaculaires ni discours révolutionnaires, mais une vision claire, une continuité des politiques publiques et un lien effectif entre décision politique et mise en œuvre stratégique. C’est précisément ce qui rend l’expérience marocaine inconfortable pour certains : elle retire les alibis traditionnels servant à masquer les défaillances structurelles et la mauvaise gouvernance.

Une victoire stratégique de long terme

Ce que la Coupe d’Afrique 2025 a révélé, c’est que l’excellence n’est ni une exception ni un privilège réservé à certains États occidentaux, mais un processus stratégique fondé sur l’accumulation, la discipline et la constance. La différence réelle, comme l’a illustré cette compétition, ne se joue pas dans les slogans souverainistes ou les discours populistes, mais dans la capacité de l’État à transformer une vision en politiques publiques, et ces politiques en résultats tangibles. En ce sens, le succès marocain dépasse largement la dimension organisationnelle ; il constitue un moment de clarification géopolitique, relançant le débat sur le développement, la gouvernance et la capacité d’action dans les espaces africain et arabe, et confirmant que la vision, le travail et la continuité sont les véritables leviers du respect et de la puissance.

Sur le plan médiatique, l’image projetée au monde a été celle d’un État de premier plan. Selon les estimations officielles des organisateurs, la compétition a été diffusée par des centaines de chaînes internationales et plateformes numériques, atteignant plus de 150 pays sur les cinq continents, avec des centaines de millions de téléspectateurs cumulés sur la durée du tournoi. Faudrait-il rappeler que cette exposition ne s’est pas limitée à une compétition sportive ; elle a offert une vitrine globale du Maroc — ses villes, ses infrastructures, son dispositif sécuritaire, son efficacité organisationnelle et son capital humain — renforçant une perception internationale fondée sur la stabilité, la modernité et la fiabilité.

Grâce à cette visibilité, la CAN 2025 s’est transformée en plateforme mondiale de projection du soft power marocain. L’image d’un État capable de gérer des événements majeurs selon les standards les plus élevés s’est ancrée durablement dans les esprits, enrichissant le capital symbolique et stratégique du Royaume en tant qu’acteur crédible et partenaire fiable dans un environnement régional et international hautement concurrentiel et conflictuel.

Ainsi, le Maroc a peut-être perdu la finale de la Coupe d’Afrique 2025 sur le plan sportif, mais il a remporté une victoire plus profonde et plus durable : celle de la confiance, du respect et du positionnement stratégique. Il a remporté la bataille de l’image et de la perception cognitive grâce à une vision Royale de long terme, qui fait du sport un levier de souveraineté et de l’excellence organisationnelle l’expression d’un État qui sait ce qu’il veut et où il va. Cette vision, patiemment construite par l’investissement dans l’humain, les infrastructures et les institutions, a consolidé aujourd’hui la place du Maroc comme puissance douce africaine émergente, capable de transformer les grands événements en instruments d’influence maîtrisée.

Dès lors, la CAN 2025 n’a pas été une simple compétition accueillie par le Maroc, mais l’illustration concrète de choix stratégiques portés au plus haut niveau de l’État, inscrits dans la continuité et le temps long. C’est pourquoi, avec lucidité et sang-froid, on peut affirmer que le Maroc a gagné la Coupe d’Afrique 2025 dans son sens le plus profond et le plus durable… même sans avoir soulevé le trophée.

 

Cherkaoui Roudani :expert en études géostratégiques et sécuritaires dans la région du Sahel.