marche verte 2025

Par DRISS LYAKOUBI

Pauline de Mazières, née Comtesse Prascovia Petrovna Chéréméteva en 1933 à Rabat, est une figure emblématique de la vie culturelle et artistique. Pour plusieurs Marocains qui l’ont côtoyée, elle incarne de manière éclatante ce fort lien entre la grande aristocratie russe de Saint-Pétersbourg et l’histoire moderne du Maroc.

Son parcours personnel lie de façon indissociable le faste de la dynastie de la Neva et le bouillonnement artistique de Rabat. Fille du comte Piotr Chérémétev et de Maria Levchina, cette grande et talentueuse artiste est née au Maroc pendant la période du protectorat frança. Sa famille faisant partie de la première vague d’émigrés russes ayant fui la révolution de 1917. Elle est reconnue par les institutions comme la doyenne de l’émigration russe dans le Royaume du Maroc.

Pauline de Mazières est considérée comme une pionnière absolue de l’art contemporain marocain. Au-delà de son titre et de ses origines impériales, elle a marqué de son empreinte l’histoire culturelle de son pays de naissance et d’adoption. En 1971, elle fonde à Rabat la mythique galerie L’Atelier, le cœur de l’art avant-gardiste national. Pendant deux décennies (1971-1991), sa galerie a été le premier espace d’art moderne de référence au Royaume. Très liée aux artistes Mohamed Melehi et Farid Belkahia, elle a soutenu et exposé les plus grands noms de la peinture marocaine contemporaine, notamment le visionnaire Abbès Saladi qui lui offrit l’une de ses toutes premières œuvres de jeunesse.

Très attachée à la capitale du Royaume, elle a fait de Rabat un carrefour culturel en exposant des peintres de tout le monde arabo-musulman, irakiens, syriens ou tunisiens, à une époque où l’on s’intéressait peu des expériences artistiques non occidentales.

Sur le plan familial, Pauline de Mazières a épousé l’éminent architecte français Patrice de Mazières (Patrikij de Mazières de Chambon). Né lui aussi à Rabat, il a profondément marqué le paysage architectural marocain moderne (notamment via d’audacieuses collaborations et des réalisations architecturales majeures intégrant le travail d’artistes et d’artisans marocains.

A travers elle, le nom des Chéréméteva résonne, jusqu’à nos jours, à la fois dans les salons d’apparat du Palais de la Fontanka à Saint-Pétersbourg et sur les murs des plus prestigieux musées et galeries d’art du Maroc.

Alors que les œuvres de ses anciens protégés s’arrachent dans les biennales du monde entier, l’héritage artistique et esthétique de Pauline de Mazières apparaît d’une valeur inestimable. Quitter la Maison de la Fontaine à Saint-Pétersbourg pour devenir la marraine de l’art contemporain marocain, tel fut le merveilleux destin de la comtesse Prascovia. Une vie entière dédiée à la beauté et à la création, qui prouve que si le nom des Chéréméteva est inscrit dans la pierre fine de la grande métropole septentrionale du monde, son coeur bat toujours pour l’histoire culturelle du Maroc.