{"id":11832,"date":"2021-01-30T14:00:35","date_gmt":"2021-01-30T13:00:35","guid":{"rendered":"https:\/\/le12.ma\/fr\/?p=11832"},"modified":"2021-01-30T13:46:13","modified_gmt":"2021-01-30T12:46:13","slug":"amarg-n-rrways-le-legs-des-troubadours-du-souss-en-quete-de-preservation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/le12.ma\/fr\/amarg-n-rrways-le-legs-des-troubadours-du-souss-en-quete-de-preservation\/","title":{"rendered":"Amarg N-Rrways, le legs des troubadours du Souss en qu\u00eate de pr\u00e9servation"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Rabat \u2013le12<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong> Trait d\u2019union entre la po\u00e9sie chant\u00e9e du Souss fonci\u00e8rement orale (Ahwach) et celle urbaine contemporaine perform\u00e9e par des groupes comme Izenzaren ou encore Ousmane, l\u2019Amarg des Rrways (Amarg N-Rrways) constitue une pratique artistique \u00e0 la fois originale et mall\u00e9able.<\/strong><br \/>\n<strong>Originale, car la musique d\u2019Amarg des Rrways repose sur des instruments caract\u00e9ristiques (comme Ribab et Lutar) et une \u00e9chelle musicale bien particuli\u00e8re: la gamme pentatonique. Cette gamme \u00e0 cinq hauteurs de diff\u00e9rence n\u2019est pas sans rappeler des airs de quelques contr\u00e9es d\u2019Asie orientale (Chine, Mongolie ou Japon), d\u2019Afrique de l\u2019est (Ethiopie) ou encore de la musique celtique, blues ou rock.<\/strong><br \/>\n<strong>Selon le chercheur \u00e0 l\u2019Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), Aboulkacem El Khatir, les instruments usit\u00e9s par l\u2019Amarg des Rrways appartiennent \u00e0 des univers culturels diff\u00e9rents. \u201cLe tambourin est l\u2019instrument de l\u2019Ahwach ou musique communautaire, le Ribab caract\u00e9rise le style Imazghi, qui d\u00e9signe les chants religieux ex\u00e9cut\u00e9s par des disciples des mouvements maraboutiques en tachelhit, et Lutar \u2013 ou gambri comme on disait au d\u00e9but du XX si\u00e8cle- est \u201cl\u2019instrument \u201cnational\u201d des Ichelhiyn\u201d, pour utiliser ce terme de Basset. Il est l\u2019outil qui accompagne les chansons lyriques\u201d, indique-t-il dans une d\u00e9claration \u00e0 MAP-Amazigh.<\/strong><br \/>\n<strong>Dans son essence m\u00eame, l\u2019Amarg N-Rrways s\u2019av\u00e8re une pratique alliant musique, po\u00e9sie chant\u00e9e et chor\u00e9graphie. M. El Khatir rel\u00e8ve, \u00e0 cet \u00e9gard, que cette pratique se distingue par son aspect de synth\u00e8se entre styles, instruments et arts diff\u00e9rents, pris\u00e9s dans des traditions orales aux inspirations multiples.<\/strong><br \/>\n<strong>Par ailleurs, cet art a fait montre d\u2019une grande flexibilit\u00e9 qui tient sa raison d\u2019\u00eatre du fait que les Rrways \u00e9taient des po\u00e8tes chanteurs itin\u00e9rants. A l\u2019image des troubadours europ\u00e9ens du Moyen-\u00e2ge ou encore des Ghiwane de la tradition dialectale marocaine, les Rrways du Souss avaient l\u2019habitude, au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, de diss\u00e9miner leur r\u00e9pertoire de village en village, tout en vivant de l\u2019hospitalit\u00e9 des ca\u00efds et chefs de tribus.<\/strong><br \/>\n<strong>Aboulkacem El Khatir per\u00e7oit cette tradition comme \u201cune aventure artistique men\u00e9e par des individus libres de toutes attaches villageoises ou confr\u00e9riques, et qui sont dispos\u00e9s \u00e0 int\u00e9grer les sc\u00e8nes de spectacle au niveau national et international\u201d.<\/strong><br \/>\n<strong>R\u00e9pondant aux exigences de l\u2019apparition de nouveaux modes de divertissement domestique dans les demeures seigneuriales des grands commandements ruraux, cette pratique s\u2019est, par la suite, acclimat\u00e9e avec les lieux publics des places urbaines comme Lmchwer \u00e0 Tiznit, et Jamaa Lefna \u00e0 Marrakech, explique le chercheur.<\/strong><br \/>\n<strong>Et de noter que cette pratique est n\u00e9e des transformations sociales survenues depuis la fin du XIX si\u00e8cle dans les soci\u00e9t\u00e9s amazighes. \u201cSi elle a d\u2019abord b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la pr\u00e9sence de centres de pouvoirs locaux, elle a \u00e9volu\u00e9 dans le cadre de la transformation des modes de divertissements des m\u00e9c\u00e8nes ruraux que constituent ces chefs locaux et les ca\u00efds (grands et petits), et le d\u00e9veloppement des centres urbains comme Tiznit\u201d.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette adaptation s\u2019est poursuivie par l\u2019int\u00e9gration d\u2019autres espaces dans le sillage de la vague d\u2019\u00e9migration depuis les villages du Souss vers les villes marocaines et l\u2019Europe. Amarg N-Rrways a, par cons\u00e9quent, pu \u00e9largir son \u00e9tendue sur l\u2019ensemble du territoire national. Ainsi Lhaj Bela\u00efd (1872\/75 \u2013 1945) s\u2019\u00e9tait-il distingu\u00e9 comme la figure de proue \u00e0 Tiznit et environs, tandis que Rrays Mohamed Sasbou (1865 \u2013 1948) s\u2019\u00e9tait impos\u00e9 comme le chef de file de l\u2019\u00e9cole de Tirruysa \u00e0 Casablanca.<\/strong><br \/>\n<strong>\u201cD\u00e8s la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX\u00e8me si\u00e8cle, les Rrways commencent \u00e0 se produire dans les villes comme Marrakech et Casablanca. Apr\u00e8s leur reconnaissance comme art \u201cindig\u00e8ne\u201d par les autorit\u00e9s du protectorat, ils commencent \u00e0 se produire dans les \u00e9v\u00e9nements culturels et folkloriques aussi bien au Maroc qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Jardin des Oudayas, Institut musulman de Paris, expositions chorales). Rrays Sasbou a aussi particip\u00e9 aux F\u00eates de Grenade en Espagne en 1931 et aux expositions universelles \u00e0 Paris\u201d, relate M. El Khatir.<\/strong><br \/>\n<strong>Les Rrways ont ainsi suivi les traces de leurs anc\u00eatres, les acrobates itin\u00e9rants dits Ihiyyaden, qui \u201cont r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer dans les cirques en Europe et aux Etats-Unis depuis au moins le d\u00e9but du XIX si\u00e8cle\u201d, a-t-il ajout\u00e9.<\/strong><br \/>\n<strong>Avec l\u2019introduction des moyens de communication (t\u00e9l\u00e9vision, radio, disques et cassettes enregistr\u00e9es,\u2026), les chansons des Rrways ont pu conqu\u00e9rir un public encore plus large. Ayant pu r\u00e9v\u00e9ler des noms comme Lhaj Bel\u2019id, Mohamed Sasbou, Lahoucine Janti, Boubakr Anchad, Ahmed Amentag, Mohamed Demssiri, Fatima Taba\u2019amrant et Rquiya Talbnssirt, cet essor technologique a \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la promotion de l\u2019art d\u2019Amarg N-Rrways. N\u00e9anmoins, il a \u00e9galement eu son lot de r\u00e9percussions n\u00e9gatives.<\/strong><br \/>\n<strong>\u201cLa r\u00e9volution des habitudes d\u2019\u00e9coute, avec l\u2019arriv\u00e9e des cassettes audio puis des CD, mais aussi l\u2019\u00e9mergence de radios et de cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision promouvant les musiques amazighes, ont \u00e9t\u00e9 de formidables outils de transmission de l\u2019art des Rrways. Cependant, cette modernit\u00e9 est \u00e0 double tranchant, car elle a affaibli le rapport historique qu\u2019entretiennent normalement ces artistes itin\u00e9rants avec leur auditoire, et avec l\u2019art de l\u2019improvisation\u201d, a indiqu\u00e9 \u00e0 MAP-Amazigh Brahim El Mazned, directeur artistique du Festival Timitar des Musiques du Monde.<\/strong><br \/>\n<strong>Avec l\u2019entr\u00e9e du Maroc dans la mondialisation, d\u2019autres styles musicaux, modernes ou \u00e9trangers, sont venus concurrencer les musiques traditionnelles telles que la musique des Rrways, sans pour autant les faire dispara\u00eetre, fait-il valoir.<\/strong><br \/>\n<strong>Aujourd\u2019hui, le d\u00e9fi majeur de l\u2019art des Rrways consiste \u00e0 conserver son identit\u00e9 tout en s\u2019inscrivant dans la modernit\u00e9. A cet effet, Brahim El Mazned a initi\u00e9 un projet important, \u00e0 savoir l\u2019Anthologie \u201cRrways, voyage dans l\u2019univers des po\u00e8tes chanteurs itin\u00e9rants amazighs\u201d, qui vient de para\u00eetre.<\/strong><br \/>\n<strong>Ayant mobilis\u00e9 80 musiciens, dont 50 interpr\u00e8tes, enregistr\u00e9s pendant pr\u00e8s de trois mois au studio Hiba \u00e0 Casablanca, ce projet vise \u00e0 \u201cpr\u00e9server ce corpus musical majeur, qui pourrait bien s\u2019\u00e9teindre si aucun travail de pr\u00e9servation, de promotion et de revalorisation n\u2019est r\u00e9alis\u00e9\u201d, note M. El Mazned.<\/strong><br \/>\n<strong>\u201cAvec l\u2019anthologie, j\u2019ai souhait\u00e9 contribuer \u00e0 ce travail et apporter ma pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice dans la pr\u00e9servation des formes artistiques traditionnelles de notre pays\u201d, confie-t-il \u00e0 MAP-Amazigh.<\/strong><br \/>\n<strong>Un effort plus que louable, car les formes artistiques traditionnelles, comme l\u2019Amarg ou l\u2019A\u00efta, constituent de v\u00e9ritables piliers du patrimoine culturel national, dont la conservation et la promotion sont essentielles pour construire une m\u00e9moire collective pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rabat \u2013le12 Trait d\u2019union entre la po\u00e9sie chant\u00e9e du Souss fonci\u00e8rement orale (Ahwach) et celle urbaine contemporaine perform\u00e9e par des groupes comme Izenzaren ou encore Ousmane, l\u2019Amarg des Rrways (Amarg N-Rrways) constitue une pratique artistique \u00e0 la fois originale et mall\u00e9able. 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